Celenee

Tout, rien... N'importe moi...

22 octobre 2007

En chair et en bios

ci

Allez, approche-toi, va, tu ne crains rien. Je ne vais pas te démonter la tronche, je ne vais pas te baffer, te cracher au visage, t'arracher les yeux ou les couilles. Ni insultes ni scène, n'aie pas peur.
Tu ne crains rien, tu sais. Plus maintenant.

Alors détends-toi, relâche-toi sur ton siège, prends ton verre, tu vas voir, je serai civilisée, calme et digne.
Indifférente, au pire... De toute façon, tes yeux, tes mains, ton sourire, tout ça, je m'en fous. Complètement. Que dalle. Rien.

Tu le sais bien, voyons : la seule chose que j'aie jamais attendue, ce sont tes mots.
Enfin, les mots que tu m'avais offerts sans que je les aie demandés. La force de l'habitude, sans doute... 

Non non, ne bouge pas, reste assis, c'est si peu sarcastique que ça ne compte pas, pardon, je ne le referai plus.
Après tout, je suis une grande fille, tu sais, j'assume.

Ah non, surtout pas, ne culpabilise pas, je t'assure : j'ai à peu près bien tenu, tu sais. J'en étais même un peu fière, et mes copines un peu étonnées :
     - Tu es sûre que ça va ?
     - Oui oui, j'ai pas le temps, je pars à Amsterdam, j'ai trois présentations à faire, deux projets à gérer, dix postes à configurer, je sors, oh dis donc c'te gueule de bois, à très vite, tiens j'ai revu O., faut croire que mes pipes lui manquaient, merde je suis en retard je file, déjeûner, j'ai un copain qui n'a pas le moral, dis je crois bien que je me suis fait draguer par A., je speede, dîner avec J., elle déprime, tiens tu sais que j'ai eu des nouvelles de D., je le vois tout-à l'heure, je suis en retard, je t'embrasse.

Au top, la fille. Adulte, quoi.

Bon d'accord, il y a eu une fois, pathétique, j'ai flanché. Juste une. Il a suffi d'une saloperie de signature -mais si, voyons, celle que tu utilisais ici, tu sais - mais c'était pas ici, c'était ailleurs, un autre écran.
Tu as repris vie sur un écran, et ta vie, je me la suis prise en pleine poire.
Même pas ta vraie vie, hein (tu sais, cette autre qui t'est nécessaire, aussi).
Juste celle par laquelle tu te manifestais à moi, le plus souvent. Jusqu'à ce que tu arrêtes.

Bon voilà, tu as repris vie, et moi je me suis vidée, de larmes et de sanglots - mais c'était une fois, hein, juste une fois.

Eh, relève la tête, bon sang : si je te dis que ta peau, ta langue, tes mains, ta voix, ta queue, je les ai oubliées... Tu me crois ?

Il n'y avait plus que tes mots qui traînaient sur un autre écran, plus petit.

Même de ça, tu n'as plus rien à craindre.
Aujourd'hui, il a fallu que j'update le Bios de mon portable. Plus de diamant, de soleil, d'amour, de manque, de brûlure de l'âme. Gone. Pfffiout.

Tu vois, on est peu de chose(s).

Allez, va, respire.

Posté par Celenee à 23:50 - Toi, Lui - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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09 septembre 2007

Dialogue (enfin, presque...)

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Les couloirs du métro en sont couverts, de ces affiches. Partout.
Il faut reconnaître que les protagonistes sont plutôt agréables à regarder... Et que ça sent la bonne vieille comédie romantique bien légère, et que ce matin ça me fait sourire...

C'est en remontant à la surface, sous un soleil éclatant, que je souris en me disant "épices"... Oui, c'est ça, le goût de la vie, pour moi... J'en rajoute toujours plein, partout, tout le temps. En même temps, pas de risque de faute de goût dans le mélange avec l'inexistant pot-au-feu familial, alors je peux continuer à les aimer.
Alors que j'attends tranquillement sous le feu des UV, je Lui suis presque reconnaissante d'être parti ce matin... Je serais encore sans doute dans le fond de mon lit, et j'aurais raté aujourd'hui ce spectacle de la vie qui coule doucement dans la fourmilière parisienne.

Et vient l'heure des retrouvailles. La dernière fois, c'était il y a plus de trois ans. Et malgré nos différences culturelles, sociales, politiques et linguistiques, c'est mon plus vieil ami. Quinze ans que ça dure. C'est inédit pour moi. Et à chaque fois, c'est comme si on s'était quittés la veille. Ou presque.

Nos situations professionnelles, on les connaît. Nos situations familiales n'ont pas subi de grands changements et on en a vite fait le tour, qui se termine par un mutuel "tu les embrasseras pour moi".

Nos aventures, maintenant. Le cul.
Il se marre quand je lui raconte mon époque forum, les estimations chiffrées, les situations vécues. Et, pointant sa fourchette vers moi :
- Mais en fait, tu as beau vouloir être détachée, presque clinique quand tu en parles, au fond de toi, tu crois toujours à l'amour. Don't you ?
- .........................
(Pfffff, tu me saoules, toi, à si bien me connaître...)

Alors, justement, vient le tour de ce qui est, encore et toujours, le centre de nos préoccupations : l'Amuuuuuuuuuuuur, l'Autre...

J'ai tiré la première, il me parle longuement de sa Sophie, il est amoureux mais c'est une chieuse, qui ne pense qu'à revenir en France quand lui renâcle à lâcher ses revenus, son loft près de Central Park, son boulot et ses amis (dans l'ordre, siouplé !). Alors qu'elle ne travaille pas et qu'elle a la vie belle dans le New-York branchouille que ses revenus, justement, leur permettent de fréquenter allègrement. Je glisse un sourire, je ne vais pas faire de commentaire maintenant, oh non, ça serait trop bête de gâcher le moment... Il me dit les ultimatums qu'elle lui pose, les crises d'hystérie, et les valises qui finissent toujours par se vider...

- Et toi, alors, your man ?
(... Merde, c'est à moi, là...)
- Euh, ben voilà, il est parti ce matin, et là maintenant tout de suite je ne sais pas quoi penser. Je peux changer d'avis demain, mais voilà, quoi...  J'ai des doutes, je ne demande qu'à être rassurée, un tout petit peu, mais voilà... Enfin, on verra !

- Eh ben dis donc, ça a été rapide ! Qu'est-ce que tu as encore fait pour le faire fuir aussi vite, celui-là ?
- ...................................
(Connard, va ! Tu crois pas que je me pose assez la question ?)
Je sors un sourire d'un jaune éblouissant, et remercie mentalement l'inventeur des lunettes de soleil. Sa caresse taquine sur ma joue a du mal à faire passer la boule dans ma gorge.

- C'est vrai qu'il y a une différence, dans ta façon d'en parler... Mais hey, tu devais t'y attendre, for god's sake, vu la situation, what could you expect ?
- ..............................
(Dis, ducon, ça va aller, là, maintenant, hein, si tu crois que je me le suis pas répété tous les jours... Et pis en plus, j'attendais rien, juste pas déjà, pas maintenant...)
- ...............................

- En fait, tu n'as toujours pas appris à accepter la mise à distance, have you ?
- ..............................
Je hausse les épaules et souris... Décidément le jaune me va bien, aujourd'hui...

(Vas-y connard, rajoutes-en... Tu as raison, of course, mais si je te parle d'épices, là, tu risques de ne pas vraiment comprendre...)
- ...........................

- Tu me fais rire, tu sais, derrière tes lunettes de soleil, à essayer de cacher ta sensibilité. Shit, c'est pour ça qu'on t'aime !
- ................................
(Dis, t'as décidé de me faire chiâler, là, ou quoi ? Ducon ! Si j'avais su...)

- Et alors, tu vas faire quoi ?
- ...............................
(ah bon, parce que maintenant, en plus, il faut que je fasse quelque chose ?)
- Et toi, tu vas faire quoi, avec ta Sophie ?
(Et toc ! ça, j'y arrive bien !)

- Well, j'imagine que dans un an je l'épouse... Après tout, je veux fonder une famille, et le temps passe, ma belle, tu le sais !!
- ...................... !!

Quelques hugs chaleureux plus tard, le soleil cogne toujours aussi fort quand quand je redescends dans les souterrains, et les affiches sont toujours aussi présentes. Mais là, elles m'emmerdent.
Finalement, j'aurais préféré rester dans le fond de mon lit. Avec Lui.

Posté par Celenee à 23:08 - Toi, Lui - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 août 2007

Celles-là (1)

Je suis de celles qui ne savent pas parler.

Celles dont la compagnie est pourtant recherchée, notamment parce qu'elles savent écouter... Et puis, elles ont un minimum d'esprit, quand même, et savent même faire rire en plaçant assez subtilement un bon mot, une de ces réparties dont elles ont et maîtrisent le sens.

Celles qui, après la logorrhée rageuse de l'adolescence, ont décidé de se taire, une bonne fois pour toutes. Convaincues que ça serait le seul moyen de stopper les malheurs et douleurs que leurs mots provoquaient. Convaincues, aussi, qu'elles n'avaient de toute façon rien à dire.

Celles qui finissent par reprendre confiance en elles, et réalisent un jour qu'elles aussi ont, finalement, des choses à dire. Des vécus à raconter.

Celles qui ne savent pas les dire.

Les images se bousculent et la bouche s'embrouille. Dans un effort pour intéresser l'interlocuteur, elles accélèrent le débit, s'attardent sur des détails anodins pour partager des émotions. Digressent. Ou raccourcissent tout pour ne pas (trop) importuner et tombent aussi à plat que leurs effets.
Trop ou pas assez. Elles ne savent pas faire autrement.

Celles qui voient leur interlocuteur s'agiter, couper, son regard aller divaguer vers l'entrée du bar, sous la table ou dans les yeux du voisin qui est intervenu entre temps.

Celles qui se jettent alors à oreilles perdues dans la nouvelle conversation naissante, pour effacer le petit sentiment de gêne qui pointe toujours son nez après un bide, aussi amical et naturel soit-il.

Je suis de celles-là. Trop ou pas assez.

Alors, pensez, la "communication amoureuse"... pfffffffff !

CoeurApp

Posté par Celenee à 13:46 - Toi, Lui - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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