14 novembre 2008
Electro-encéphalogramme... plat !
Je bois je mange je fume je grignotte je dépiaute des graines de tournesol c'est bon je vais pisser (ah non oops pardon quand on est une fille on dit "aux toilettes") je me brosse les dents j'ignore ma messagerie professionnelle c'est bon je fume je laisse mon PDA déchargé je bidouille je pigne devant des conneries télévisuelles plus grosses que moi je vois la vie dehors je fume je bois je prends des douches c'est bon je me caresse c'est bon (forcément !) je me lève tard je vois le jour se lever c'est bon je me la joue bobo parisienne je remonte les bras chargés de sacs débordant de verdure ostentatoire (et merde ! le céleri a eu dix fois le temps de se défenestrer !) je suis en vacances je passe des heures à choisir une orange pour sa couleur je me caresse c'est bon je fixe la télé le tapis la vie la fenêtre je suis en vacances c'est booooooooon.
Je ne travaille pas. Je n'organise pas. Je ne planifie pas. Que dalle. Non non.
Je ne pense pas. Pas à ma vie. Pas à la façon dont je vais bien pouvoir finir par sortir de ce boulot qui bouffe. Pas aux raisons pour lesquelles je suis, objectivement, seule.
Que dalle. Non non. Je suis en vacances, vous dis-je !...
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16 janvier 2008
Sa façon de m'aimer
Aux grands maux, les grands remèdes : IL ME FAUT UN MEC HOMME !!
("Homme", c'est bien, il paraît que mon visa pour la tranche d'âge "jeune fille" est expiré, je me suis fait expulser de la catégorie... )
UN HOMME ! donc... Mais attention, pas n'importe lequel. La liste de mes exigences, sur ce coup-là, est longue.
À ma décharge, il faut dire que ce n'est pas pour moi. Enfin, pas principalement. Par ricochets, un peu. Mais pas principalement.
Et puis, c'est du sérieux, là. Rien à voir avec une recherche de cavalier pour une soirée, ou pour un compagnon de dîner... Encore moins pour un partage de couche autant que de moments sensuellement chauds (et vice-versa).
Non non non, rien de tout ça !
L'homme en question, c'est pour ma Mémé.
Enfin, pas de méprise, je n'ai pas le moindre fantasme gérontophile... Et puis, ma Mémé, là, elle est bien trop mal en point pour ne serait-ce que se souvenir de ses galipettes passées !
Et voilà bien ce qui m'amène, d'ailleurs...
Même sur son lit d'hôpital, elle me demande quand je vais bien pouvoir lui amener un "petit copain...Parce que, ma pauvre Celenee, c'est pas marrant, d'être toute seule !"
On est d'accord, je pourrais continuer à lui répéter inlassablement, même sur son lit d'hôpital, que je ne veux pas d'homme à tout prix, que ce n'est pas tant la solitude qui blablabla, mais que c'est surtout blablabla et le manque de blablabla... Je pourrais, mais j'ai peur qu'on manque un peu de temps, là... Et puis, ça continue à la travailler, je le vois bien, et ça rumine là-haut, et ça revient sous forme de "mais pourquoi ?" et ça s'en repart pudiquement devant le manque de réponse... Tout tristement...
Et ma Mémé toute triste, ça me fend le coeur... Elle a porté largement son lot de tristesses, déjà bien trop pour sa frêle carcasse... En tant qu'aînée de ma génération, celle qui de surcroît ne fait jamais ce qu'on attend d'elle, j'ai un peu l'impression qu'il m'appartient de la soulager d'un petit paquet, pour qu'elle puisse parcourir les derniers bouts de chemin un peu plus légèrement...
Maintenant, il faut bien l'avouer : j'ai beau avoir la capacité innée autant qu'indéfectible à sauver le monde, il se trouve que là, toute seule, je ne peux rien faire !
Alors voilà : je recherche un homme. Un que j'emmènerai sous mon bras lors de mon prochain voyage chez ma Mémé, pour qu'il me prenne dans les siens arrivés à destination...
Tu es disponible ? C'est un bon point... Parce que je ne sais pas quand ça sera. Il se peut que ça soit très vite. Trop.
Si tu sais faire semblant, Monsieur, tu es bien parti... Dans la série des critères physiques, ça serait le top si tu étais plus grand que moi : ça rajouterait une touche d'authenticité au tableau -c'est qu'elle me connaît, ma Mémé, on ne lui fait pas avaler n'importe quoi !
J'insiste, cela dit : il faut que tu saches VRAIMENT faire semblant, monsieur, pour lui faire croire qu'on est amoureux, toi et moi. Elle a beau n'avoir pas fait l'ENA, elle a cette intuition particulière... de celles qui lui ont fait me dire par le passé que la joute oratoire entre YeuxBleus et ma mère quant à mon mauvais caractère avait beau être drôle, elle ne comprenait pas qu'il ne soit pas plus gentil avec moi...
Si tu es prêt à m'admirer un peu, tu franchis une étape supplémentaire... Admire-moi juste ce qu'il faut, cependant : c'est une histoire de dosage subtil, pour ne pas détruire toute crédibilité...
Et puis, il faudra qu'on soit complices, toi et moi... Ce n'est pas pour faire le show du parfait petit-fils par alliance que j'ai besoin de ton aide, mais pour lui faire croire, à ma Mémé, l'espace de quelques heures, que je te rends heureux autant que tu me rends heureuse...
Et surtout, il faudra qu'elle le sache... Elle ne le verra pas, ou très peu, mais elle le sentira... Et là, elle pourra sourire. Et mourir le coeur sans doute plus léger... (Ah oui, il faut que tu supportes mon langage, Monsieur : chez moi, on ne part pas, on ne s'en va pas. Dans le meilleur des cas, on meurt. Point.)
Sois courageux, Monsieur, et ne te laisse pas aussi facilement rebuter par l'apparente lourdeur de la tâche... Je sais bien que je te demande de te fader une certaine partie de mon intimité... Celle de ma famille, de mes racines. Ne serait-ce que quelques heures... Tu devras sans doute, en outre, écouter beaucoup plus que tu ne parleras -on se fait vite taxer de grande gueule, par chez moi, et ce n'est pas un compliment !
Et là, je te sens, Monsieur, te demander ce que tu as à gagner, toi ?
Je te l'ai dit en préambule, donc pas de surprise : on ne va pas se chauffer comme des bêtes en rut devant ma grand-mère, hein... Et puis, y a plus de paille dans la grange depuis belle lurette !
Alors, si on met de côté ma reconnaissance éternelle, pour être honnête, pas grand-chose...
Un corpus conséquent si tu es un improbable chercheur spécialisé en patois sarthois, peut-être... Et plusieurs bonnes bouffes, sans doute ; quelques moments de vraie chaleur humaine, et de sourires-malgré-tout...
Et aussi, quand même, parce que tu as besoin d'être rassuré, je le sens : la promesse de te laisser partir gentiment, après, malgré ce que tu auras été capable de faire pour moi... Ce n'est pas une demande d'engagement, je n'attends rien d'autre de toi, je ne m'accrocherai pas, je ne supplierai pas de nous donner une chance (je ne sais pas faire, ça, de toute façon).
Tu vois, ça n'est pas un stratagème pour me caser, cette annonce...
Voilà, Monsieur. Je te sens trépigner d'impatience, d'envie de m'aider.
Alors tape sur tes plus belles touches, et écris à ce schmurtz, qui transmettra.
En te remerkiyant...
(Bon, si tu veux te présenter dès maintenant, Monsieur, sans connaître même pour l'instant la date du voyage, histoire de m'aider à faire passer la grosse boule qui ne quitte pas ma gorge depuis plusieurs longues journées... surtout, n'hésite pas, hein...)
28 novembre 2007
Cher divan
J'ai senti un raidissement. Comme un sursaut de recul.
Soit : dans la position où il était, il ne pouvait pas vraiment reculer - à moins de me démonter les hanches.
Et je ne pouvais pas davantage tourner le dos en prétendant bidouiller je ne sais quoi, immobilisée que j'étais entre les coussins du canapé dévasté, et son corps contre le mien. On avait joui, déjà, mais on ne pouvait pas se décoller... C'était doux, et chaud, et nos peaux avaient encore faim et soif de l'autre. C'étaient ses cheveux, ceux qui sont plus doux, au niveau de la nuque, que je sentais caresser mon pubis, et il profitait allègrement de sa position pour m'embrasser le ventre...
J'aurais très bien pu dire : "Quasiment tous mes amis ont eu des parents divorcés, dis donc..."
Mais non. J'ai dit : "Pendant des années, j'ai souhaité, au plus profond de moi, que mes parents divorcent".
J'ai voulu me mordre la langue, je n'avais rien senti venir, paf, c'était sorti... Et pourtant, je l'avais oubliée, celle-là. Et pourtant, alors que la phrase résonne encore dans mes oreilles, je sais que c'est vrai. Je revois les cris, j'entends les silences, je pleure l'espoir qu'il finisse bien par ne pas rentrer - il ne mérite pas ça.
C'est là que j'ai senti le sursaut de recul, léger -puisque mes hanches sont toujours à leur place- mais perceptible.
Je suis un monstre. Et les gens qui écoutent, vraiment, de vrais dangers.
Et c'est là que même mon divan a décidé de protester : dans un craquement sinistre, il nous a fait redescendre de quelques centimètres...
Il serait peut-être temps que me décide à en squatter un autre...
29 octobre 2007
Impatiences
Je n'attends rien. Rien de rien.
J'espère, bien sûr -sinon, à quoi bon ? Autant se jeter tout de suite par la fenêtre du vingtième étage...
Mais attendre... Non, je n'attends rien.
J'aimais bien cette phrase pour résumer une bonne grosse partie de ce que j'étais...
Tu parles.
C'est fou comme on change en quelques toutes petites semaines.
Sensation étrange, inconnue, que quelque chose va arriver.
Désir -que cette chose arrive, vite, bientôt, fort.
Fourmillements dans les mains, dans le ventre, sur les pointes des seins, au creux des sens.
Et pourtant, bon sang, dieu sait qu'attendre, je n'ai jamais su faire...
22 septembre 2007
Sale semaine pour la Paix
Ah non non non, je ne ferai pas de commentaire (qui serait pourtant forcément drôle et pertinent) sur l'actualité géopolitique de notre pauvre-monde-qui-va-on-ne-sait-zoù-ma-bonne-dame. Non non. Même pas sur certaines personnalités de notre beau gouvernement. Que dalle.
Il se trouve juste que cette semaine, ça pète dans tous les sens dans mon monde aussi.
On n'en est plus aux menaces de guerres, elles sont installées.
Et ça tire dans tous les coins, et ça bazookate à tout-va.
Des snipers font la peau à l'espoir. Reddition immédiate et définitive.
Il y a bien des émissaires de bonne volonté qui se battent pour faire reculer la mort. Pour la vie.
Ou la douleur, pour une vie meilleure.
Mais ils tirent la langue, aujourd'hui. Fatigue.
Forcément : de partout, et malgré leurs efforts, ça continue à exploser.
Je sais qu'il y a des combats qui s'éteignent faute de combattants.
Je ne suis pas sûre de vouloir la fin de ces combats-là, aussi violents soient-ils : leur issue ne serait que trop prévisible.
Bon, tout est relatif (toujours), et ça n'est que mon petit monde. Pas d'informations sur les différents fronts aux journaux de 20H. L'écran de mon portable est le seul qui m'apporte des nouvelles de l'évolution des combats.
Et à chaque fois qu'il sonne ou vibre, mes lignes de défense anti-aérienne se mettent en place. Je me demande même s'il n'y a pas quelques missiles sol-sol qui s'arment.
Parce que, coïncidence ou conséquence, c'est la guerre chez moi aussi. Le cerveau et les tripes ont chacun pris les armes, et c'est la guérilla dans le coeur.
La parole voudrait bien jouer le rôle d'émissaire de la paix, mais elle est consciente de sa nullité et a la trouille au corps. Elle se laisse tour à tour séduire par les sirènes des vieux démons, qui lui chantent que ça ne peut être que ma faute, que je ne suis par définition pas aimable ; et par celles de cette nouvelle indulgence, qui gueulent leur refus de taire mes envies.
L'émissaire n'a pas le temps de sortir le drapeau blanc avant d'être pris pour cible à la fois par les Kalashnikov du désir et par les tirs de roquette de la raison.
C'est le bordel, et c'est violent.
Mais ça finira par passer : je sais qu'il y a des combats qui s'éteignent faute de combattants.
Cette semaine, j'ai reçu un seul vrai geste de douceur : une main tendre, douce et forte sur ma cuisse.
Il y avait erreur sur la personne (si si, pour de vrai) : je n'étais pas assise à la bonne place.
Semaine de meeeeeeeeerde !
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21 août 2007
Non, ce n'est pas sale...
Il m'est arrivé un truc rigolo, hier. Enfin, avant-hier. Enfin, l'autre jour, je crois.
J'ai décidé de me faire couler un bain. (Pardon, Planète, pardon, mais on sait toutes les deux que j'ai été plutôt sage récemment, ça faisait des mois que ça ne m'était pas arrivé... Mais pardon, quand même, vraiment !)
(Avis aux Googleurs fous qui débarquent ici juste en ayant cherché "suces ma bite" : ne vous attendez pas ici et maintenant à un récit aquatiquement onanique. Ni même l'inverse. Vous risquez d'être sacrément déçus !)
Donc, je me suis fait couler un bain.
Et il y avait de la mousse. Plein de mousse. Vraiment beaucoup.
Et l'eau était chaude, et ça sentait bon, il y avait même des bougies autour, et j'étais bien.
Et c'est là que ça a commencé...
Au début, je croyais que c'était la mousse. Ou la mousse mélangée à l'eau. Un truc pas familier sous mes mains.
Mais non, c'était juste ma peau. Et je l'ai trouvée douce. C'était ça la nouveauté.
Alors, j'ai poursuivi l'exploration. Les mains à plat le long des flancs, les creux, les lignes, les pleins, les déliés, les volumes, les plats... Et j'ai accepté. Juste ce que mes mains sentaient.
J'avais 35 balais, et je découvrais mon corps.
L'espace d'un instant j'ai su que la plupart des innombrables mains et lèvres qui l'avaient parcouru n'avaient pas été à même de le savourer. Comment auraient-elles pu ? Je le leur jetais en pâture - trivial appât destiné à modifier la trajectoire de leurs propriétaires.
Le temps d'un accès d'outrecuidance j'ai même pensé que si Lui ne savait pas l'apprécier, Il perdrait quelque chose. Pensée vite effacée par un sourire dubitatif. Faut pas pousser, quand même !
Mais voilà... J'ai 35 balais et je découvre mon corps.
Je suis sortie du bain, ruisselante, dégoulinante, et je me suis plantée devant le miroir - au lieu de m'envelopper dans le grand peignoir.
Et là, j'ai souri au reflet.
J'ai 35 balais, et j'ai découvert l'indulgence.
12 août 2007
44 heures et demies
Je suis encore plus en bordel que l'appartement ne peut l'être.
Il faut que je me bouge, que je décolle mes fesses du canapé, que je m'active et que je range et que je récure pour ne plus sentir l'absence.
Les lendemains déchantent souvent. Pas de vin triste, pas de gueule de bois, juste des absences, d'un seul coup d'un seul, après la fête et les rires et les sourires et les autres. Après toi, aussi.
Après toi, évidemment.
Alors, des chiffres pour me faire recoller à cette réalité qui est beaucoup moins drôle, à ce quotidien qui m'attend, et qui exprime déjà ses attentes. Pas envie de le rejoindre, mais je sais qu'il le faut. Alors des chiffres, parce que quoi de plus terre-à-terre ?
35. Années de vie. Paraît-il... Elles coincent toujours, là, quelque part dans la gorge. Elles finiront bien par passer. Tout passe.
14. Sourires autour de moi. Pas pour moi, mais autour, c'est bon, c'est chaud, ça vibre. Des envies connes, là, maintenant, d'ouvrir mes bras et de les serrer contre moi. Des envies égoïstes de leur dire "merci", pour avoir bien voulu entrer dans ma vie, pendant quelques heures. Revenez quand vous voulez.
3 heures. Au moins. Ce qu'il me faut pour redonner à ce lieu une impression de quotidien... Pour lui faire oublier les parenthèses - elles se referment toujours.
Quarante-quatre heures et demies. Avec toi. Ensemble. Savourées sans les avoir regardées passer, comme toutes les évidences qui ne lèvent pas la moindre question. Tu étais là, je le sais, je t'ai senti. Avec moi.
Des centaines d'autres avant de te retrouver. Je ne veux pas t'attendre. Je ne le peux pas. Il faut que je me bouge.
Je ne veux pas compter - il faut que je range. Dans quelques minutes, quand j'aurai commencé, ça sera passé. Tout passe. Toujours.
Il faut juste que je commence.
07 août 2007
Terminus - tout le monde descend !
Il est 1H30 (la nuit, forcément) et je suis à Cologne. Et dans le fin fond de ma Sarthe natale en même temps.
Des centaines de kilomètres de distance, un lit comme trait d'union.
J'aime me dire que j'ai de la chance, j'aime savoir m'émerveiller de ces luxes bassement matériels qu'il m'est parfois donné de goûter. Et là, je suis servie. Un lit comme ça, je n'avais jamais vu.
Six oreillers. Sur deux rangées. Tellement épais que si je ne les aplatis pas, si je ne les enlève pas, mes pieds continueront à dépasser du lit... Je pourrais aussi me mettre dans l'autre sens, c'est vrai : la largeur me le permet... Les draps sont délicieusement doux contre ma peau nue. L'incroyable fermeté du matelas est enrobée de moelleux... J'ai dû me relever pour débusquer, sous le drap, le duvet placé entre le tissu et le matelas... Je me recouche voluptueusement, et je souris béatement. Oui, j'ai de la chance.
Et pourquoi est-ce à elle que je pense maintenant ? Le luxe apaiserait-il l'esprit en cajôlant les sens ?
Toujours est-il que je me dis qu'elle serait fière, ma Mémé, de me voir dans de tels endroits... Elle ne le dit pas, mais elle croit que sa petite-fille, l'aînée de sa génération, a réussi. Du moins professionnellement. Pensez, la première cadre de la famille ! Pour le reste, elle n'ose plus demander que très rarement.
Elle serait fière en voyant cet improbable lit. Elle dont l'armoire est remplie de ces pièces de coton grossier, dont on voit la trame quand ils ne sont pas trop élimés, fournissant alors la seule douceur qu'ils soient capables de prodiguer. Le vieux linge fleurant bon la lavande dans une chambre baignée de soleil dès qu'on ouvre les lourdes portes de l'armoire, c'est ailleurs : les sachets de lavande ont dû se perdre le long des petites routes serpentant dans les bocages, ils n'ont jamais trouvé leur chemin jusqu'à la ferme.
Enfin, ce qui reste de la ferme : un petit corps de bâtiment au confort sommaire... La machine à laver n'a remplacé le petit lavoir au plan incliné qu'il y a quelques années, après d'autres années de tractations et l'apparition du corset capable de faire se tenir droit comme un I un haltérophile avachi... Elle a le dos cassé, ma Mémé, et ses petits pas pressés ne permettent plus de dissimuler la précarité de son équilibre... Vous avez déjà essayé de marcher pliés en deux, vous ? À un angle qui se rapproche chaque fois un peu plus du 90° ?
Elle continue pourtant de parcourir ce qui lui reste de sa ferme, ma Mémé, en traversant de part et d'autre la cour de terre battue plus battue que la Terre... Un verger peuplé de quelques pommiers, où s'ébattent des poules gueulardes qui fournissent les meilleurs oeufs du monde. Une grange, qui abritait autrefois le trieur de mon grand-père, machine terrifiante qu'il emmenait de ferme en ferme... Vide, désormais. Et une étable, où l'odeur des six vaches qui leur coûtaient plus que ce qu'elles rapportaient en production laitière est remplacée par les trottinements des lapins, qui font rien qu'à tomber malades.
Un jardin, et des allées étrangement tirées au cordeau, pas un brin de mauvaise herbe. Il faut croire que c'est la seule chose qu'elle voit encore, ma Mémé, la mauvaise herbe. Depuis quelques jours elle se bat avec une machine qui ressemble à un vidéoprojecteur, et qui lui permet plus ou moins de lire à nouveau. Elle devient aveugle, mais je vais pouvoir recommencer à lui envoyer quelques cartes, où je prendrai soin d'écrire en très gros caractères que je pense fort à elle.
Je vais bien les choisir, les cartes : des grands formats, de jolies photos de Paris pour les touristes. La nuit c'est encore plus beau, et elle n'a jamais rien vu que sa ferme et les hôpitaux ou les cabinets médicaux de la ville à 30 km de là. La voiture la rend malade, chaque visite lui demande deux jours de repos derrière...
Elle comprend à peine qu'on puisse se déplacer en volant, elle l'admet juste, et elle est fière que je puisse parcourir autant de kilomètres en aussi peu de temps.
Elle est fière de moi, et pourtant...
Je m'étire dans le lit, il fait chaud et doux, et la faim se fait sentir, je n'ai pas dîné. Je prends la carte du Room Service en allumant la télé. La première chaîne qui me tombe sous les yeux montre les cuisines du restaurant de l'hôtel. Un grand Black est en train de les récurer, de faire briller l'inox, de chasser la moindre trace d'humidité. Il y a même des plans différents, j'imagine un réalisateur fou ou dépressif s'excitant sur les boutons de sa console.
Les plans de travail étincellent - mon estomac attendra bien quelques heures.
29 juillet 2007
La physique des larmes
Pas de doute, ça va mieux : les larmes ont changé, de leur naissance à leur mort elles sont différentes...
Oubliés les accès incontrôlables, la montée en quelques secondes des sanglots qui coupent le souffle, la violence de la boule dans le ventre qui balaie tout quand elle monte et qu'elle éclate pour terminer en gémissements étouffés à l'arrivée des spasmes dans la gorge... Fini, tout ça, dépassés les poings serrés, les bras repliés au creux de l'estomac, comme pour retenir à l'intérieur la peine qui habite et qui brûle...
Plus besoin de barrières pour la contenir, alors la carapace se fissure et laisse entrer les émotions oubliées depuis trop longtemps : la tendresse, le sourire qui se loge tout au fond encore plus que sur les lèvres, la bienveillance, la légèreté, l'amour, aussi, de tellement de façons différentes... Et la peur, et la solitude.
C'est arrivé doucement... Un bandeau froid sur la gorge, et les yeux se remplissent lentement... Aucune autre manifestation, rien que les paupières inférieures et leur incroyable capacité à contenir autant de liquide contre la paroi de l'oeil. Le niveau monte régulièrement. Presque tranquillement. La main gauche est bloquée par ses caresses, mais laisse la droite libre de monter au niveau du visage, doucement. Et, doucement aussi, d'un geste furtif et invisible, le pouce et l'index se posent au coin des yeux, et écrasent les larmes qui perlent, juste avant qu'elles ne débordent, pour les empêcher de couler. Paris la nuit, ses lampadaires et leur lumière orange, et leurs intervalles sombres, et la voiture qui avance doucement... Orange, sombre, orange, sombre, les traces d'humidité auront séché quelques minutes plus tard, aucun geste supplémentaire n'est nécessaire pour maquiller le forfait - quel qu'il soit.
Rien de plus facile à écraser qu'une larme, finalement.
C'est une découverte.
Pas de doute, je vais mieux.
13 juillet 2007
Aujourd'hui 13 juillet
Je n'y avais pas pensé depuis plusieurs jours... Sans doute les effets secondaires de la météo automnale...
Mais aujourd'hui, 13 juillet, le soleil brille, il se couchera quelques minutes plus tôt qu'il ne l'a fait hier, et nous fêtons (entre autres) les Joël. Bonne fête Papa ! (bon, soyons honnêtes, là où tu es, tu t'en fous sans doute un peu, mais ça me donnera une occasion supplémentaire de lever silencieusement mon verre à ta mémoire ce soir).
Toujours est-il, donc, que j'avais dû perdre un peu mes repères (on se demande bien pourquoi, tiens !) et que je viens juste de réaliser que dans moins d'un mois, ça sera passé.
Et pourtant, depuis que les chiffres 0, 2 et 7 s'affichent sur les divers calendriers qui me tombent sous les yeux, régulièrement, mon cerveau sursaute en protestant :
- Eh oh ! mais ça va pas, nan ? J'en suis à 28, moi, là, et encore, certains jours j'ai des doutes, arrête ton char, enfin, c'est tout simplement pas possible qu'il y ait de tels décalages !
Mais la sournoise coalition livret de famille-aiguilles qui tournent n'en a pas grand-chose à foutre, de mon cerveau qui s'époumonne ! Il reste donc, régulièrement, interloqué de ce temps qui passe...
Il a quelques excuses, quand même, pour être un peu paumé : déjà, quand on naît en plein coeur du mois d'août, dans LA semaine de l'année sans doute la plus vacancière, il est difficile de voir défiler les souvenirs de fêtes rituelles... Toutes petites pierres blanches, le long du chemin, qu'on ne trouve pas souvent... Une très belle de temps en temps, mais pas d'intervalles réguliers...
Les grosses bornes, elles, sont totalement absentes. Il a dû y avoir, quelque part sur la route, une série d'intempéries qui les a fait sortir du chemin...
20 ? 25 ? 30 ? La famille, l'amputation, la mort... Oubliés, soufflés, tués, les anniversaires, aussi "ronds" soient-ils... Il y a toujours des choses plus importantes.
Et pourtant -c'est un fait, quoi que j'en dise- dans moins d'un mois, j'aurai 35 ans. (vache, même l'écrire, j'ai un mal fou, incrédulité...)
Et si la vie est à nouveau là, j'ai souvent l'impression de marcher à côté d'un tapis roulant... Les autres font tout plus vite... À moins que ce ne soit moi qui avance plus lentement ?
Depuis peu, je sais que j'arriverai au bout du couloir. Sans doute plus tard que tout le monde. Mais ça m'est égal. Tant que ce n'est pas trop tard.
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