16 janvier 2008
Sa façon de m'aimer
Aux grands maux, les grands remèdes : IL ME FAUT UN MEC HOMME !!
("Homme", c'est bien, il paraît que mon visa pour la tranche d'âge "jeune fille" est expiré, je me suis fait expulser de la catégorie... )
UN HOMME ! donc... Mais attention, pas n'importe lequel. La liste de mes exigences, sur ce coup-là, est longue.
À ma décharge, il faut dire que ce n'est pas pour moi. Enfin, pas principalement. Par ricochets, un peu. Mais pas principalement.
Et puis, c'est du sérieux, là. Rien à voir avec une recherche de cavalier pour une soirée, ou pour un compagnon de dîner... Encore moins pour un partage de couche autant que de moments sensuellement chauds (et vice-versa).
Non non non, rien de tout ça !
L'homme en question, c'est pour ma Mémé.
Enfin, pas de méprise, je n'ai pas le moindre fantasme gérontophile... Et puis, ma Mémé, là, elle est bien trop mal en point pour ne serait-ce que se souvenir de ses galipettes passées !
Et voilà bien ce qui m'amène, d'ailleurs...
Même sur son lit d'hôpital, elle me demande quand je vais bien pouvoir lui amener un "petit copain...Parce que, ma pauvre Celenee, c'est pas marrant, d'être toute seule !"
On est d'accord, je pourrais continuer à lui répéter inlassablement, même sur son lit d'hôpital, que je ne veux pas d'homme à tout prix, que ce n'est pas tant la solitude qui blablabla, mais que c'est surtout blablabla et le manque de blablabla... Je pourrais, mais j'ai peur qu'on manque un peu de temps, là... Et puis, ça continue à la travailler, je le vois bien, et ça rumine là-haut, et ça revient sous forme de "mais pourquoi ?" et ça s'en repart pudiquement devant le manque de réponse... Tout tristement...
Et ma Mémé toute triste, ça me fend le coeur... Elle a porté largement son lot de tristesses, déjà bien trop pour sa frêle carcasse... En tant qu'aînée de ma génération, celle qui de surcroît ne fait jamais ce qu'on attend d'elle, j'ai un peu l'impression qu'il m'appartient de la soulager d'un petit paquet, pour qu'elle puisse parcourir les derniers bouts de chemin un peu plus légèrement...
Maintenant, il faut bien l'avouer : j'ai beau avoir la capacité innée autant qu'indéfectible à sauver le monde, il se trouve que là, toute seule, je ne peux rien faire !
Alors voilà : je recherche un homme. Un que j'emmènerai sous mon bras lors de mon prochain voyage chez ma Mémé, pour qu'il me prenne dans les siens arrivés à destination...
Tu es disponible ? C'est un bon point... Parce que je ne sais pas quand ça sera. Il se peut que ça soit très vite. Trop.
Si tu sais faire semblant, Monsieur, tu es bien parti... Dans la série des critères physiques, ça serait le top si tu étais plus grand que moi : ça rajouterait une touche d'authenticité au tableau -c'est qu'elle me connaît, ma Mémé, on ne lui fait pas avaler n'importe quoi !
J'insiste, cela dit : il faut que tu saches VRAIMENT faire semblant, monsieur, pour lui faire croire qu'on est amoureux, toi et moi. Elle a beau n'avoir pas fait l'ENA, elle a cette intuition particulière... de celles qui lui ont fait me dire par le passé que la joute oratoire entre YeuxBleus et ma mère quant à mon mauvais caractère avait beau être drôle, elle ne comprenait pas qu'il ne soit pas plus gentil avec moi...
Si tu es prêt à m'admirer un peu, tu franchis une étape supplémentaire... Admire-moi juste ce qu'il faut, cependant : c'est une histoire de dosage subtil, pour ne pas détruire toute crédibilité...
Et puis, il faudra qu'on soit complices, toi et moi... Ce n'est pas pour faire le show du parfait petit-fils par alliance que j'ai besoin de ton aide, mais pour lui faire croire, à ma Mémé, l'espace de quelques heures, que je te rends heureux autant que tu me rends heureuse...
Et surtout, il faudra qu'elle le sache... Elle ne le verra pas, ou très peu, mais elle le sentira... Et là, elle pourra sourire. Et mourir le coeur sans doute plus léger... (Ah oui, il faut que tu supportes mon langage, Monsieur : chez moi, on ne part pas, on ne s'en va pas. Dans le meilleur des cas, on meurt. Point.)
Sois courageux, Monsieur, et ne te laisse pas aussi facilement rebuter par l'apparente lourdeur de la tâche... Je sais bien que je te demande de te fader une certaine partie de mon intimité... Celle de ma famille, de mes racines. Ne serait-ce que quelques heures... Tu devras sans doute, en outre, écouter beaucoup plus que tu ne parleras -on se fait vite taxer de grande gueule, par chez moi, et ce n'est pas un compliment !
Et là, je te sens, Monsieur, te demander ce que tu as à gagner, toi ?
Je te l'ai dit en préambule, donc pas de surprise : on ne va pas se chauffer comme des bêtes en rut devant ma grand-mère, hein... Et puis, y a plus de paille dans la grange depuis belle lurette !
Alors, si on met de côté ma reconnaissance éternelle, pour être honnête, pas grand-chose...
Un corpus conséquent si tu es un improbable chercheur spécialisé en patois sarthois, peut-être... Et plusieurs bonnes bouffes, sans doute ; quelques moments de vraie chaleur humaine, et de sourires-malgré-tout...
Et aussi, quand même, parce que tu as besoin d'être rassuré, je le sens : la promesse de te laisser partir gentiment, après, malgré ce que tu auras été capable de faire pour moi... Ce n'est pas une demande d'engagement, je n'attends rien d'autre de toi, je ne m'accrocherai pas, je ne supplierai pas de nous donner une chance (je ne sais pas faire, ça, de toute façon).
Tu vois, ça n'est pas un stratagème pour me caser, cette annonce...
Voilà, Monsieur. Je te sens trépigner d'impatience, d'envie de m'aider.
Alors tape sur tes plus belles touches, et écris à ce schmurtz, qui transmettra.
En te remerkiyant...
(Bon, si tu veux te présenter dès maintenant, Monsieur, sans connaître même pour l'instant la date du voyage, histoire de m'aider à faire passer la grosse boule qui ne quitte pas ma gorge depuis plusieurs longues journées... surtout, n'hésite pas, hein...)
31 décembre 2007
Au revoir et à bientôt
Elle m'a toujours saoulée, cette journée.
Chaque année c'est pareil : l'heure des bilans et des perspectives a sonné, le coucou des résolutions et des espoirs n'arrête pas de sortir de sa boîte... Et il fait un boucan d'enfer, le salopiot !
Comme s'il suffisait d'une seconde, quelque part entre 59 et 00, pour que tout bascule... Comme si, par définition, on ne pouvait se poser des questions sur là où on est, d'où on vient et où on va -entre autres- qu'à ce moment précis.
C'est rigolo, il se trouve que c'est aujourd'hui que ce schmurtz franchit un seuil. Je ne parle que de statistiques de visite, mais force est de reconnaître qu'ailleurs (je parle de blogs que je fréquente assidûment) la tradition semble être installée : certains chiffres ronds provoquent, là aussi, des besoins de se poser, de réfléchir à haute touche sur le pourquoi du comment.
Un point au milieu de chiffres.
Comme si on avait besoin de zéros alignés pour poser dans une balance ce qu'on donne et ce qu'on reçoit...
L'inéluctable inutilité des résolutions de la nouvelle année ne me fait même plus sourire.
J'ai arrêté de jouer le jeu de la fête imposée, ce soir, depuis bien des années (et je le revendique, qui plus est !)
Je n'ai pas besoin (et surtout pas envie) d'un jour particulier dans l'année pour souhaiter le meilleur à ceux que j'aime.
Un 7 qui devient 8, et il faudrait que tout soit neuf ?
Ben non. Minuit une : rien ne va changer. Rien ne sera nouveau.
On continuera tous notre petit bonhomme de chemin, semé de bonheurs, de sourires, de larmes, de douleurs, de battements de coeur. Avec un peu de chance, on remerciera nos expériences passées d'avoir fait de nous ce que nous serons demain. Avec beaucoup de chance, on saura apprécier ce que nous sommes aujourd'hui.
On essaiera tous de faire de notre mieux, comme on l'a fait l'année passée. Et ça, ça n'est pas lié au calendrier.
Il paraît que ça s'appelle la Vie.
Pas de bilan. Qu'est-ce qu'on en a à foutre, que j'aie redécouvert une certaine année que je pouvais encore aimer ?
Je ne vous souhaite pas une bonne année.
Je préfère le faire dans les moments que nous partagerons.
A tout à l'heure, alors...
10 décembre 2007
Tell her I'm nothing
Dis-lui que je ne suis rien.
Que je n'aurai été, au mieux, qu'une bonne suceuse. Une que tu aimais entendre jouir. Une complice rigolote qui comprend ton job et qui aimait ta peau et tes yeux.
Au pire, une erreur sur ton chemin. Un moment d'égarement, une étincelle souriante dans ton univers de culpabilité.
Dis-lui qu'il n'a jamais été question de choix. Que la question ne se pose même pas. Qu'elle ne s'est jamais posée.
Dis-lui que le seul "nous" qui ait jamais existé était celui de vos dîners en famille, de vos week-ends, de ce canapé neuf qu'on vous livrait...
Dis-lui tout ça.
Dis-lui bien la parenthèse insignifiante, le match au Parc des Princes auquel personne ne croyait, le concert de Puggy à Bruxelles qui ne trompait personne. Dis-lui l'insignifiance, dis-lui la parenthèse.
Rampe s'il le faut, crie, pleure. On s'en fout, de ton orgueil.
Tu sais ce qui est important, tu sais pourquoi jamais nous n'en serions arrivés au point où je t'aurais demandé de choisir. Elle aussi doit le savoir.
Moi, je ne suis rien. Dis-le lui bien. C'est important.
28 novembre 2007
Cher divan
J'ai senti un raidissement. Comme un sursaut de recul.
Soit : dans la position où il était, il ne pouvait pas vraiment reculer - à moins de me démonter les hanches.
Et je ne pouvais pas davantage tourner le dos en prétendant bidouiller je ne sais quoi, immobilisée que j'étais entre les coussins du canapé dévasté, et son corps contre le mien. On avait joui, déjà, mais on ne pouvait pas se décoller... C'était doux, et chaud, et nos peaux avaient encore faim et soif de l'autre. C'étaient ses cheveux, ceux qui sont plus doux, au niveau de la nuque, que je sentais caresser mon pubis, et il profitait allègrement de sa position pour m'embrasser le ventre...
J'aurais très bien pu dire : "Quasiment tous mes amis ont eu des parents divorcés, dis donc..."
Mais non. J'ai dit : "Pendant des années, j'ai souhaité, au plus profond de moi, que mes parents divorcent".
J'ai voulu me mordre la langue, je n'avais rien senti venir, paf, c'était sorti... Et pourtant, je l'avais oubliée, celle-là. Et pourtant, alors que la phrase résonne encore dans mes oreilles, je sais que c'est vrai. Je revois les cris, j'entends les silences, je pleure l'espoir qu'il finisse bien par ne pas rentrer - il ne mérite pas ça.
C'est là que j'ai senti le sursaut de recul, léger -puisque mes hanches sont toujours à leur place- mais perceptible.
Je suis un monstre. Et les gens qui écoutent, vraiment, de vrais dangers.
Et c'est là que même mon divan a décidé de protester : dans un craquement sinistre, il nous a fait redescendre de quelques centimètres...
Il serait peut-être temps que me décide à en squatter un autre...
26 novembre 2007
Charlotte, c'est moi...
Non, ça ne me pose pas le moindre problème de me comparer à la charismatique Charlotte Gainsbourg ! Même pas ! On va penser que ça fait partie du nouveau programme "Eh oh merde chuis pas si mal !" que je suis depuis plusieurs mois...
Donc, je le redis haut et fort : Charlotte, c'est moi !
(Bon, quand même, par souci de réalisme, j'avoue que j'exagère un chouïa, parce que je parle juste de son rôle dans le navet d'hier soir sur la Une - ça m'apprendra à repasser sur le réseau hertzien, tiens, surtout un dimanche soir !... Une mise en parallèle de deux infidélités, celles de deux quadra-limite-quinqua bien installés, et leurs soi-disant déboires amoureux... Poussif, cliché, téléphoné...)
Mais voilà, Charlotte, c'est moi...
En tout cas, au début du film.
Elle tombe raide dingue amoureuse d'un mec. Jusque-là, tout va bien.
Le mec est marié. Là, ça va un peu moins bien.
Mais Charlotte est une grande fille, elle sait-sent qu'elle a quelque chose à vivre, et elle y va.
'Tention, hein : c'est une fille bien, Charlotte : elle est vachement respectueuse de la vie de son chéri, elle ne s'impose pas, elle s'éclipse quand il le faut, même si c'est pour rentrer pleurer dans son chez elle -elle est vachement belle, en plus, Charlotte, quand elle pleure !- en attendant que son homme la rappelle... Ce qu'il finit of course par faire, parce qu'il est raide dingue d'elle, aussi. Il a juste quelques petits trucs à gérer, le Monsieur, faut le comprendre...
Mais quand il appelle, eh ben Charlotte elle est toujours disponible pour lui. Ou elle s'arrange pour l'être... (en plus, elle assure grave avec son portable, Charlotte, et ça aide, pour se rendre disponible...)
Rien à voir avec la maîtresse hystérique qui fait des crises et qui tempête, celle qu'on voit en parallèle avec Arditi, celle qui va insulter l'officielle, celle qui claque les portes et les ultimatums à longueur de film, qui fait ses valises pour ne faire que rester... Rien à voir avec moi, non non, moi, puisque vous me demandez (!), c'est Charlotte !
Bon d'accord, je n'ai pas de voiture, et même quand j'en avais une, je n'ai jamais passé des heures à poireauter à l'intérieur en attendant qu'il me rejoigne...
Mais quand même, hein, Charlotte, c'est moi, tout pareil : dans la discrétion, elle se contente de quelques moments volés, on n'a même pas l'impression qu'elle demande quoi que ce soit, elle fait passer le bien-être de son Homme avant le sien... Pour dire à quel point elle ne demande rien, Charlotte : on n'apprend que quelques "semaines" plus tard qu'elle a quitté son mari dès qu'elle a rencontré son Homme, sans pour autant attendre qu'il en fasse de même pour elle, sans même le lui dire !
Bon, d'accord, je n'ai jamais quitté de mari, mais ça doit bien être seulement parce qu'il n'existait pas... Parce que sinon, hein, dans la série des âneries faites en silence, je pourrais jouer aux 7 familles en solitaire !
Charlotte et moi, même combat !
En tout cas au début.
Parce que je dois avouer que je ne sais pas trop ce qui s'est passé : entre d'un côté le film, et de l'autre mes expérimentations culinaires (merci de ne pas vous marrer, les cop's !) et l'appel de Soeurette, forcément, j'avais mes priorités, et j'ai dû rater des trucs.
Et quand je m'y suis remise, j'ai été bien obligée d'arrêter de me dire en souriant "Charlotte, c'est moi !" : elle filait le parfait bonheur (un bonheur au quotidien, officiel, avec les enfants de Monsieur et tout et tout) avec son Homme ! Aaarghh !
Ben non, en fait, pour le coup, Charlotte, c'est vraiment pas moi...
21 novembre 2007
De la misère sexuelle dans l'univers carcéral
Trois jours... Trois longues - très longues - de plus en plus longues - journées...
Le cerveau fonctionne à plein régime, les neurones connectent très vite faute d'éléments extérieurs pour interférer et perturber les communications.
L'avantage, c'est que je ne salis pas beaucoup ma garde-robe... L'inconvénient, c'est que je ne sais pas si, à ma sortie, je pourrai encore rentrer dedans : ce n'est pas dans un 40m² que les allers et venues entre la table et la machine à café (et en plus, ça me coûte une fortune en capsules, c't'histoire !), même chargée du cendrier à vider, entraînent une dépense énergétique conséquente.
Je sors le soir, à la nuit tombée, quand l'activité s'est calmée (21 heures, quoi, heure traditionnelle de sortie de bureau !) je sors promener un chien virtuel... pour bouger, pour prendre l'air... Je dois être livide, les yeux creusés, personne ne me regarde, personne ne me parle...
Le troisième jour, je me réveille de mauvaise humeur. Des élancements partout, dans les jambes, dans les mains, les pieds, le ventre, le bas-ventre... Tendue comme la ficelle du string que je ne porte pas, je sautille, je trépigne, je m'agace. Mes gestes sont brusques, j'envoie sur les roses la voix du chef, même lui je veux le voir, je veux du concret, je veux sentir ces saloperies de documents qui me pourrissent la vie d'habitude, je veux regarder ces sourires professionnels qui m'horripilent tant, je veux entendre ces vannes quotidiennes sans le filtre de l'oreillette, toucher les poignées de porte et les badges...
Mon prochain orgasme pour être au bureau ! Ils me manquent, ces cons !
Je tourne en rond. Ma consommation augmente. Six fois aujourd'hui. Déjà.
Il faut que je change mes draps.
C'est pas que j'attende ce soir le Prince Bandant pour me rendre ma pantouffe de vair - trop d'embouteillages en bas de chez moi, de toute façon, il n'accéderait pas à ma porte !...
Et c'est sans doute une chance pour lui, finalement : je m'inquiétais déjà, il y a quelques jours, pour celui qui, après la reconstruction forcée de mon hymen, aurait le malheur de mettre la queue dans ma couche... Aujourd'hui, je demande juste à celui qui passera mon seuil de me communiquer les coordonnées de sa famille : elle méritera que je lui envoie au moins mes condoléances.
A chaque chose malheur est bon, disent-ils... Pour le coup, je développe mes facultés empathiques.
Après trois jours, plus de doute, si tant est que j'en aie jamais eu : des prisonniers, même totalement hétéro, qui finissent par s'enfiler à longueur de journée, ça me parle, là !
14 novembre 2007
Deux
Arrêter de dépenser des fortunes dans des laits, crèmes et huiles
qui essaient de faire la peau douce.
Passer plutôt une nuit à s'enduire la peau de celle d'un homme qui l'a naturellement douce -la peau.
C'est au moins aussi agréable, et ça marche.
08 novembre 2007
Ben moi, quand j'étais militante...
Ce soir, à la télé (LCI, toujours, hein, j'ai du mal à changer, je dois être une routinière qui ne s'assume pas) ce soir, donc, disais-je, des images de mobilisations estudiantines.
Estudiantines ? Étudiantes ? Boarf, flemme de vérifier, et pis on s'en fout...
Bref, ça bouge dans les facs.
Il y a des orateurs passionnés, tremblants, hurlant dans un micro (même pas un porte-voix, tu rigoles ou quoi, non non monsieur, un micro, un vrai, un sans-fil ! Wow, les avancées technologiques ne cesseront jamais de m'impressionner !)
Bref, à les voir comme ça, tremblants mais convaincus, je me suis pris une rafale d'images dans la tronche, un sacré flashback, en quelques secondes.
Pas des images de déjà vu, non... Pas non plus les images de quand on est en plein dedans. Juste des images de moi (j'aime pô trop, en général, et j'évite dans la mesure du possible) mises sous les yeux de la même moi - juste plus de dix ans après...
Je me suis revue, dans mon petit short court noir et mes collants presque opaques (j'avais de jolies jambes, apparemment) aussi tremblante qu'eux le sont aujourd'hui, m'époumonner en pleine Assemblée Générale dans le plus grand amphi de ma fac. Comment je m'étais retrouvée là, moi la timide complexée, dépucelée de quelques petits mois, en première année de fac, je ne saurais le dire. Ni pourquoi, ni pour ou contre quoi, je ne sais plus. Ah si, une Jospinade... Mais bon dieu, ça, pour être dedans, j'étais dedans !
Ma soeurette m'a parlé récemment de cette bouffée de fierté qui l'avait envahie en me voyant débarquer dans sa classe, quand on faisait le tour des lycées de la ville pour mobiliser les futurs pôvres étudiants qu'on défendait autant que notre propre peau... Du coup, y avait du monde pour m'écouter (et m'applaudir ! Moi !) quand je les débauchais pour qu'ils viennent à la manif, grimpée sur un banc au milieu de la cour de mon ancien bahut ! Ah la vache, je le sais bien que j'avais la voix qui tremblait, mais les accents de sincérité, faut croire que ça leur parlait !
Et l'AG Nationale à Paris ! Oh ce périple !!! Messieurs des RG qui passez par ici, vous vous souvenez, hein, de la R5 bordeaux qui se trimballait en tête de manif dans la ville, menant le cortège qui allait bloquer les TGV en se répandant sur les rails à la Gare... Si si, chuis sûre, avec le méga porte-voix de la mort qui tue sur le toit, et les cinq Délégués-Représentants-Coordinateurs qui montent dedans pour représenter la ville et les étudiants de la région à la capitale !! Eh ben c'est moaaaaaaaa !... Bonsoir Messieurs ! Installez-vous, y a d'autres aveux qui arrivent !
Bon, vous aussi, Parents, vous vous en souvenez... Panique à bord le matin en ne voyant pas la voiture dans la rue, et hallucination totale en apprenant que je revenais de Paris, pas dormi de la nuit ben oui le temps de rentrer, on va prendre le café ici, hein, après je les ramène à la cité U ! Des années plus tard, vous vous en souveniez assez pour me le remettre dans les dents, au chapitre "Tout ce qu'on a dû subir !"
Les réunions de la Coordination Étudiante jusqu'à des 3 heures du matin pour décider des suites à donner au Mouvement... Y en a pas eu beaucoup, c'est vrai - en tout cas au niveau collectif...
Parce qu'au niveau individuel, ça faisait un bout de temps que je le zyeutais, quand même, le grand (forcément), là-bas... Celui qui me taxait tout le temps des clopes, toujours un peu en retrait, mais quand il l'ouvrait, c'était respect... Pas si en retrait, d'ailleurs, il était toujours à côté de moi, il disait qu'il faisait garde du corps d'une des seules nanas de la Coord'...
On a fini par partager trois ans de nos vies, lui et moi...
Quand ça a commencé à devenir sérieux, tous les deux, vous savez, les papillons dans le ventre, le coeur qui bat fort rien qu'à l'idée de se retrouver et les étoiles dans les yeux, il m'a passée à un autre de ses camarades. Euh, ah non, pas de méprise ! "Passée", politiquement parlant, hein, à cette époque, "échangisme", je ne savais même pas que c'était dans le dico !
Parce que, "discuter politique", c'est bien ce qui a fait qu'on s'est rapprochés, tous les deux... Je crois bien qu'on savait que ce n'était qu'un prétexte. Mais il nous plaisait bien.
Alors je courais. Entre mon boulot dans un magasin de sport, mon autre boulot à la B.U. Sciences, mes 36 heures de cours hebdomadaires (mais oui !! oui oui j'étais en fac !), mes rendez-vous de discussions politiques, mes heures de lecture qui allaient avec, et mon premier vrai Amour, je courais.
Du coup, à force de courir, j'avais pris de l'élan, alors j'ai grimpé les échelons de l'Organisation.
De sympathisante, je suis passée à militante. Oh purée, cette fierté quand le leader local m'a donné mon pseudo... Consécration, c'est Le signe... Faut dire qu'il était sacrément sexy, cet enfoiré... Mon premier mec "maqué", d'ailleurs, mais c'est une autre histoire...
Militante,donc... Ouééééééé ! À moi les levers à trois heures du mat' pour aller differ (NDLR : faire les diffusions de tracts à l'entrée des plus grosses boîtes de la ville, aux heures de prise de service des ouvriers qui bossent en équipe, les ceusses qui ont encore les yeux bouffis de sommeil et qui comprennent même pas de quoi vous leur causez - mais instinctivement ils ont quand même beaucoup plus tendance à s'arrêter près de la seule fille du groupe qu'auprès des camarades mâles fin de la NDLR) ; differ, donc, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente (et à quatre heures du mat', faut croire qu'il vente souvent, aux entrées des grosses boîtes de ma région !)
Militante ? Allez, soyons fous, bien sûr que je suis volontaire pour aller m'expatrier sur le plus gros stand de la Fête annuelle, avec les copains de la Région Parisienne que je ne connais ni des lèvres ni des dents, mais on me propose moi parce que j'ai le contact facile et que du coup sur trois jours je me fais trente heures les mains dans l'eau froide pour laver poivrons, salades et tomates, parce que le plus gros stand de la Fête, c'est celui des Kebab !
Militante ? Ben tiens, tant qu'à faire, hein, on va faire l'ouverture du 20H de France 2, en repassant un drapeau avant un meeting ! Ben oui, tiens ! Les images, je les ai jamais vues moi-même, mais elles ont fait le tour de France grâce aux Caravanes de l'Eté... Ben oui, j'assume !
Militante... En pleine campagne présidentielle... Alors ça... Alors ça, ma bonne dame... Jamais je n'aurais voulu le rater... Merde, quand on a des convictions, et que, marché après marché, immeuble après immeuble -toujours commencer par le haut, puis redescendre, parce que tu ne veux pas te retrouver coincé avant de redescendre par des militants adverses qui auraient été prévenus que tu vas te faire tous les étages, toutes les portes de cette moche tour pour discuter avec les GENS un par un- tour après tour, tu parles avec les GENS UN PAR UN, ben oui, tu veux changer les choses...
Et quand, le soir du premier tour, après une journée passée à faire le tour des bureaux de vote de la campagne la plus profonde (officiellement, tu n'as plus le droit d'être en campagne, alors tu oublies journaux et tracts, tu t'annnonces juste bien fort en entrant dans le vestiaire de l'école du coin en demandant si tous les bulletins de vote ont été bien reçus "non parce que bon on a entendu parler de problèmes de logistique alors on vient vérifier") ; quand ce soir-là, on atteint des scores jamais égalés dans l'histoire de l'organisation, et que les gens présents au dépouillement viennent te serrer la main, et te sourire, et te parler d'espoir, et de sincérité et de constance... ben là... là... Là tu t'assieds sur un banc, dans le cliché du soleil couchant, tu souris, tu t'exaltes... et putain, t'as envie de faire l'amour au monde entier.... Heureusement, y a que le leader local à côté de toi...
Ce soir, en quelques secondes, au pire en deux minutes, j'ai revu tout ça...
Et cette exaltation, cette satisfaction de savoir que nos actes sont en ligne avec ce quoi on croit, je l'ai ressentie... Dans mes tripes, fort...
Aussi fort que la façon dont l'étudiant gueulait dans son micro sans fil de la mort qui tue :
"Mort à Sarkozy ! Courage à tous ! Et vive la grève !"
(Crédit photo : TF1/LCI... ouep... on fait c'qu'on peut !)
Je ne suis pas très sûre de ce que veut dire mon sourire... P'têt que c'est moche, de grandir...?
06 novembre 2007
Indécences
J'ai tout de suite reconnu sa voix : forte, posée, l'élocution claire. Juste l'intonation un peu monotone de celle qui récite le même laïus, trame après trame, wagon après wagon. Jour après jour, après jour après jour.
J'ai levé les yeux de mon Sudoku-niveau 7 (merde, pourtant j'y étais presque !) et je l'ai reconnue. Y a pas photo, c'est elle. Juste un peu plus bouffie, juste les cheveux un peu plus ternes que la dernière fois. Sans doute beaucoup plus longs qu'il y a quatre ans.
Elle est juste devant moi, mais je ne la regarde même pas. Le regard figé sur ma grille, j'imagine que je suis un modèle de concentration... Je dois bien être la seule à savoir que je ne vois plus aucun chiffre. Il faut dire que le retournement de tripes monopolise un peu toute mon énergie. Il m'en reste juste assez pour écouter.
Ça fait presque six ans que ça dure, et ça ne passe toujours pas.
Elle - Marie-Christine Dupont-Richer.
Et tous ceux dont je ne connaîtrai jamais le nom.
Le barbu qui expose son moignon de pied à l'entrée de mon métro.
Ces mères qui vous tendent une main sous le nez et tiennent leur nourrisson contre elles de l'autre.
Ce quinquagénaire agenouillé, immobile et droit sur une minuscule couverture, les yeux baissés, au milieu du couloir à Montparnasse - je l'aurais vu même si ma valise et ses roulettes n'avaient pas failli le bousculer...
Les Roumains et leurs petits papiers qu'ils distribuent puis reprennent, sans faute, tous les jours, entre deux gares, avant de sauter dans le wagon suivant.
Le clodo buriné autant que bourré qui m'insulte à la sortie de mon mini-supermarché.
Les femmes voilées qui doivent répéter comme une litanie "s'il vous plaît" dans une langue que je ne connais pas, assises par terre, et dont le môme ne doit plus sentir ses mains à force de les tendre.
Le grand maigre qui lâche un "merde" à la limite du sanglot quand une corde de sa guitare lui pète entre les mains et entre deux accords.
Ces voix quotidiennes qui tentent de couvrir le vacarme de la rame qui accélère.
Marie-Christine Dupont-Richer.
Bon allez, ça doit vouloir dire que je n'ai pas encore assez de gras sur le bide, je sens encore les coups : à chaque fois, sans exception, ça me le fait : un truc en plein dedans.
Cette fois-ci, pour Marie-Christine, ça marche : elle court presque d'un bout à l'autre de la rame, elle revient en arrière quand on lui fait signe, elle repart, pour être sûre de ne rater aucune pièce... Ça doit être sa nouvelle histoire : veuve d'un fonctionnaire-mort-dans-l'exercice-de-ses-fonctions-en-attendant-que-la-pension-arrive, manger dormir laver, cinq enfants, décence et dignité. Je m'en fous, je n'arrive même pas à en sourire, de sa nouvelle histoire, pas de regard narquois ou de soupir excédé. Aujourd'hui ça marche pour elle.
Moi aussi, d'ailleurs. Trois euros et deux centimes. C'est tout ce que j'ai. Ridicule.
L'augmentation du coût de la vie depuis le passage à l'Euro ? Eux aussi doivent se la prendre en pleine poire : dans mon entourage, personne n'a jamais la moindre monnaie sur soi. Obligés de sortir la carte bleue pour rien du tout - ils la prennent partout, de toute façon.
Là, c'est un peu plus compliqué.
Non Madame, arrête, je t'en prie, ne me remercie pas, surtout pas, bon sang je ne supporte pas tes remerciements, surtout pas comme ça, aussi doucement, aussi fortement, même si tu avais récolté 20 euros ce soir, qu'est-ce que tu pourrais en faire ? Pitié, ne nous remercie pas, on ose à peine te regarder dans les yeux... Verts - comme les miens, tiens.
Elle a filé juste avant que les portes ne se referment, le silence de la rame qui accélère est revenu, mais son "bonne soirée Messieurs-Dames" flotte dans l'air. Fort, posé, clair.
6... et le dernier 3. Yessss ! Juste avant de me lever...
Putain, qu'est-ce que je vais encore faire à manger ce soir ?
29 octobre 2007
Impatiences
Je n'attends rien. Rien de rien.
J'espère, bien sûr -sinon, à quoi bon ? Autant se jeter tout de suite par la fenêtre du vingtième étage...
Mais attendre... Non, je n'attends rien.
J'aimais bien cette phrase pour résumer une bonne grosse partie de ce que j'étais...
Tu parles.
C'est fou comme on change en quelques toutes petites semaines.
Sensation étrange, inconnue, que quelque chose va arriver.
Désir -que cette chose arrive, vite, bientôt, fort.
Fourmillements dans les mains, dans le ventre, sur les pointes des seins, au creux des sens.
Et pourtant, bon sang, dieu sait qu'attendre, je n'ai jamais su faire...







